L’inscription de la tour 37 du rempart terrestre de Constantinople. Crise de l’empire et renouvellement intellectuel au début du Xe siècle.

Par Arnaud Loaëc
Publication en ligne le 22 novembre 2019

Texte intégral

1La seconde tour au Nord de la Porte de la Pegè, l’actuelle Selivrı/Silivri kapı, contient encore aujourd’hui une inscription signalant une restauration effectuée par les empereurs Léon et Constantin. La réfection d’une grande partie du rempart par Léon III et Constantin V après le séisme d’octobre 740 a naturellement poussé les historiens à attribuer cette inscription à ces deux empereurs. Or, sa réalisation technique, sa graphie et son contenu nous invitent à nous interroger sur sa datation. Le texte pour commencer : celui-ci est bien différent de que ce que l’on a l’habitude de lire dans les inscriptions commandées par Léon III. La réfection du rempart en 740-743 a donné lieu à des textes très stéréotypés et centrés sur la titulature impériale1. La graphie ensuite, comme nous le verrons plus bas, semble plus proche de celle employée dans les inscriptions au xe siècle que celle employée au viiie siècle. Le style paléographique est également très différent de celui employé à l’époque des empereurs Léon III et Constantin V. Alors que ces derniers, dans l’urgence, font maçonner des inscriptions en lettres de briques assez grossières, nous avons sous les yeux une inscription de grande qualité et gravée en relief, un procédé qui demande une mise en œuvre plus longue, plus technique et donc plus onéreuse. Elle pourrait, certes, précéder le séisme de 740. Mais le contenu, d’inspiration homérique, ne semble pas correspondre, encore une fois, aux formulaires employés au viiie siècle, mais plutôt à l’effervescence intellectuelle qui agite l’Empire byzantin à la fin du ixe siècle sous la houlette de Kométas puis d’Aréthas de Patras. De plus, elle semble beaucoup plus proche d’une autre inscription en relief, sa voisine de la tour 36, vraisemblablement gravées sous Basile 1er et Constantin (869-879).

2C’est donc en croisant à la fois les données historiques, archéologiques, paléographiques et philologiques que nous proposons une nouvelle datation pour cette inscription de la tour 37, que nous plaçons sous les empereurs Léon VI et Constantin VII entre 908 et 912. Comme nous le verrons plus bas, la tour 37 n’a pas été la seule à être restaurée puisque deux autres textes semblables ont été copiés au xixe siècle. Mais seule l’inscription de la tour 37 a été préservée. Nous sommes donc en face d’un programme de restauration de plusieurs tours du rempart. Cela s’explique d’autant plus que les années 904-908 sont assez difficiles pour Léon VI qui doit faire face à l’opposition musclée du patriarche Nicolas Mystikos dans l’affaire de la tétragamie (le quatrième mariage de l’empereur, normalement interdit par les canons de l’Église), aux razzias de plusieurs flottes arabes emportant Thessalonique et Démétrias en 904, à la poussée arabe en Sicile, à la trahison d’Andronic Doukas et à l’attaque du prince russe Oleg, qui ravage les faubourgs de la capitale en 907. Tout cela a largement pu justifier un remaniement du rempart pour faire face à ces menaces.

3Ainsi, dans une analyse en trois temps, nous présenterons le texte dans son contexte archéologique avant d’entrer dans son analyse philologique. Enfin nous terminerons par l’étude du contexte historique qui a justifié la réfection de plusieurs tours du rempart par Léon VI au début du xe siècle.

L’inscription de la tour 37

4L’inscription est gravée en relief sur la seconde tour au nord de la porte de Silivri, l’ancienne porte byzantine de la Pegè (la « porte de la Source »), parce qu’elle donnait sur la route de Notre-Dame de la Source Vivifiante (Balıkı)2 – son nom est encore employé au xve siècle pour la désigner3. La même source a également donné son nom au palais qui se trouvait à proximité de la porte, à l’extérieur des murs (Fig. 1) et qui servait de résidence de repos à la famille impériale4. Le nom de Silivri apparaît avant la conquête ottomane car la porte ouvrait aussi sur la route de Sélybria5. La porte de Silivri/Pegè est flanquée de deux tours hexagonales (Fig. 2) ; la tour nord (tour 36) a fait l’objet d’une restauration sous des empereurs nommés Basile et Constantin, empereurs que nous pensons pouvoir identifier à Basile 1er et Constantin (869-879) en raison de la ressemblance et de la proximité des textes présents sur les tours et comme le souligne l’inscription en relief qui se trouve encore sur la tour 366.

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Fig. 1 : Plan de situation (voir l’image au format original)

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Fig. 2 : Les tours 36 et 37 (premier plan). Porte de Silivri au fond (voir l’image au format original)

5La tour 37 est également une tour hexagonale dont une partie s’est totalement effondrée (Fig. 3). L’inscription est in situ et se présente sur une ligne. Elle est gravée en relief sur cinq blocs de marbre blanc de Proconnèse sur l’une des faces ouest de la tour hexagonale. Le texte est inséré entre deux listels en haut et en bas. Il est également délimité à droite par une croix grecque pattée, au début du texte, et à gauche par une croix composée de cinq points, à la fin. Enfin, ces blocs constituent une corniche insérée entre des lignes de briques, ce qui est caractéristique de l’époque macédonienne. Ce type de maçonnerie peut être comparé aux inscriptions des tours 1 et 4 du rempart, attribuée elles aussi à la fin du xe siècle7.

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Fig. 3 : La tour 37 (voir l’image au format original)

6Notre inscription n’est pas isolée. En effet, elle faisait visiblement partie d’un programme de restauration de certaines tours du rempart comprises entre la tour 7 et la tour 37. Il existait deux autres textes identiques sur les tours 7 et 348 ; un fragment de la tour 19 est peut-être le début d’un autre texte similaire9. Malheureusement, les inscriptions ont disparu et il n’est plus possible d’en faire une étude exhaustive. Seule celle de la tour 37, en parfait état, permet de la mener (Fig. 4).

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Fig. 4 : Inscription de la tour 37 (voir l’image au format original)

7Texte : + Λέων σὺν Κωνσταντῖνω σκηπτοῦχοι τόνδε ἤγειραν πύργον τῶν βάθρων συμπτωθέντα +

8Léon et Constantin, porteurs du sceptre, ont érigé cette tour depuis les fondations alors qu’elle s’était effondrée.

9Notes : σκηπ[τ]οῦχοι (CIG), σκη[π]τοῦχοι (Beševliev), ἤ[γ]ειραν (CIG). En outre, le texte comporte deux conjonctions : ΟΥ (ȣ) et ΗΠ.

10Bibl. : A. G. Paspatis, « Ἐπιγραφαὶ τῶν χερσαίων τειχν », Κωνσταντινουπόλει Ἑλληνικὸς Φιλολογικὸς Σύλλογος, 2, 1864, n° 26, p. 203 ; CIG IV, 8665 ; A. G. Paspatis, Βυζαντιναὶ μελέται τοπογραφικαὶ καὶ ἰστορικαὶ μετὰ πλείστων εἰκόνων, 1877, p. 53 et 57 ; A. van Millingen, Byzantine Constantinople. The Walls and of the City and Adjoining Historical Sites, 1899, p. 98-99 ; H. L. Lietzmann, Die Landmauer von Konstantinopel. Vorbericht über die Aufnahme im Herbst 1928, 1929, n°21 ; M. I. Nomidis, Χάρτης τῶν χερσαίων τειχῶν τῆς μεσαιωνικῆς Κωνσταντινουπόλεως ματὰ τῶν ἐπ'αὐτῶν ἐπιγράφων καὶ τῶν πέριξ Βυζαντινῶν ναῶν καὶ μονῶν, 1938 ; B. Meyer-Plath et A. M. Schneider, Die Landmauer von Konstantinopel, II, 1943, n° 24 ; V. I. Beševliev, « Tri Prinosa kum Bulgarskaka srednovekovna istorija », in Izledvanija v cest na Marin S. Drinov, Sofia, 1960, p. 292 ; V. I. Beševliev, Spätgriechische und spätlateinsche Inschriften aus Bulgarien, 1964, p. 107 ; R. Janin, Constantinople byzantine. Développement urbain et répertoire topographique, 1964, p. 269 et 276 ; K. Mentzou-Meimare, « Χρονολογημέναι βυζαντιναὶ ἐπιγραφαὶ τοῦ Corpus Inscriptionum Graecarum IV, 2 », Δελτίον τῆς Χριστιανικῆς Ἀρχαιολογικῆς Ἑταιρείας, IV/9, 1977-79, p. 94 ; Cl. Foss, « Anomalous Imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », in Studies Presented to Sterling Dow (Greek, Roman and Byzantine Monograph, 10), Durham N.C., 1984, p. 82 ; C. Mango, Byzantine Epigraphy (4th to 10th Centuries), in D. Harlfinger et et G. Prato, Paleografia e codicologia greca. Atti del II colloquio internazionale (Berlino-Wolfenbüttel, 17-21 ottobre 1983), I-II, Alessandria, 1991., p. 134, pl. 19 ; O. Kresten, « Leon III und die Landmauern von Konstantinopel Zur Datierung von c. 3 der Παραστάσεις σύντομοι χρονικαί », Römische Historische Mitteilungen, 36, 1994, p. 43sq ; A. Jacob, « Le topotérète de la flotte Constantine et de Georges Maniakès en 1042 dans une inscription inédite de terre d’Otrante », Νέα Ῥώμη , 4, 2007, p. 172, pl. 33 ; A. Rhoby, Byzantinische Epigramme in inschriftlicher Überlieferung, Band 3 teil 1 : Epigramme auf Stein, OAW, 2014, n° TR84.

11Les lettres sont particulièrement régulières et soignées (fig. 4). La plupart comportent des empattements. Néanmoins, on remarque que les bêta, les êta, les iota, les mu, les pi, les rhô n’en possèdent pas. Les epsilon et les sigma ont une forme lunaire. Les thêta, omicron, oméga, sigma ainsi que la conjonction OY (ȣ) ont une forme « ovale compressée aux pointes arrondies10 ». Par ailleurs, les alpha et les delta possèdent une haste supérieure assez importante et pattée. On remarquera aussi la haste centrale de l’upsilon et la place occupée par la haste centrale du thêta.

12Ces formes d’écriture peuvent être comparées et rapprochées de celles que l’on trouve sur les inscriptions des ixe et xe siècles, mais aussi sur les objets inscrits et dans les manuscrits. La fin de l’iconoclasme correspond à une reprise économique qui est mesurable par la quantité d’objets produits et par l’accroissement du nombre de manuscrits copiés. On peut noter aussi que les inscriptions en reliefs connaissent un retour en grâce à la même période. Citons à titre d’exemple les épigrammes de l’église de la Dormition à Skripou près de Thèbes, datées de 873-87411. La forme des lettres en relief ne semble pas suivre la même évolution que les lettres ciselées. En effet, au tournant du xe siècle, on remarque que les lettres arrondies (epsilon, thêta, omicron, oméga) ont tendance à prendre la forme « ovale compressée » évoquée plus haut. En revanche, les inscriptions en relief de Skripou conservent, pour les lettres arrondies, une forme lunaire complète pour des raisons techniques évidentes : graver en relief des lettres trop fines risquerait de faire éclater les parties laissées saillantes de la pierre. C’est moins le cas sur l’inscription de la tour 37 car la largeur des lettres est plus importante, les rendant ainsi plus solides, ce qui explique leur forme plus pointue, et donc proche de la paléographie du xe siècle.

13Néanmoins, le seul argument paléographique n’est pas assez déterminant pour dater notre texte. En effet, l’inscription en relief de Nicée12, datée de 727, possède une graphie assez proche de l’épigramme de la tour 37. Le texte de Nicée présente aussi des empattements assez semblables à ceux de notre tour mais on peut remarquer que ceux-ci sont moins prononcés et que la forme des lettres est encore assez classique et proche des graphies tardo-antiques, soulignées par la ressemblance des formes. Si l’on compare maintenant notre texte avec celui de Skripou, on remarque que ce dernier présente quelques conjonctions et surtout des marques d’accentuation sur les I (ϊ), ce qui renforcerait l’idée selon laquelle l’épigramme de la tour 37 daterait, au plus tôt, du xe siècle.

L’analyse du contenu du texte : un témoignage du renouvellement intellectuel au tournant du xe siècle

14Le contenu du texte et l’accentuation sont des éléments de datation plus déterminants. En effet, certaines lettres de l’inscription portent des accents, preuve que le texte ne peut être antérieur au xe siècle. Pour des raisons pratiques, les accents empiètent sur le listel13. Il devient dès lors très tentant de rapprocher la présence des signes d’accentuation sur l’inscription des travaux du grammairien Aréthas de Patras (ca. 850-ap. 932), évêque de Césarée en 902 ou 90314 et successeur du grammairien Komètas. Ce dernier a introduit l’accentuation dans la copie des manuscrits homériques dans le troisième quart du ixe siècle15 et il s’est essayé à la composition d’épigrammes d’inspiration homérique. En tant que scribe ou en tant qu’éditeur, l’activité d’Aréthas a été immense dans le domaine des textes profanes, en matière de philosophie et surtout dans le domaine des textes homériques. Il semble admis que certains manuscrits byzantins, copiés en minuscules et présentant des signes d’accentuation, ont été rédigés soit par Aréthas soit par l’un de ses disciples, ou encore peu après 950 par un scribe au service d’un disciple d’Aréthas (Ephrem par exemple). Mais l’ensemble de ce travail de collecte s’est fait dans la droite ligne du mouvement initié par Aréthas.

15À l’époque qui nous concerne ici, l’Iliade et l’Odyssée occupent toujours une place très importante à Byzance. Comme dans la Grèce classique et romaine, les célèbres épopées servent encore de base à l’éducation et à l’enseignement : Michel d’Éphèse affirme (au xie siècle) que les enfants apprennent par cœur 40 à 50 vers d’Homère par jour ; Photios le lit dès l’âge de huit ans pour exercer sa mémoire16. Transmise par Jean Malalas au vie siècle17, l’œuvre homérique reste un incontournable de la culture byzantine, régulièrement commentée ou recopiée jusqu’à Kométas. Cependant, la datation des manuscrits reste complexe et suscite de nombreux débats. En 1971 Paul Lemerle tentait de faire le point sur la question portant sur l’écriture du Marcianus 454 et du Venetus A. Il semblait alors que ces deux manuscrits, dont les méthodes s’inspirent d’Aréthas, copiés en minuscules de surcroit, aient en fait été écrits autour de 950 voire après, peut-être de la main d’Ephrem le moine, un calligraphe reconnu qui travaillait pour un disciple d’Aréthas18.

16Les recherches récentes ont tendance à faire remonter la date de la rédaction de ces ouvrages. On observe en effet que dès la fin du ixe siècle, la graphie employée dans les manuscrits évolue. Le manuscrit Bodleianus Clarke 39, conservé à l’Université d’Oxford, est écrit principalement en petites onciales et en lettres minuscules avec des signes d’accentuation. Rédigé en 895 par le copiste Jean pour Aréthas, qui l’a annoté en onciales, il est le témoin de l’intense effort de collecte de manuscrits platoniciens devant servir à alimenter la recherche de l’école de la Magnaure au tournant du xe siècle19. La forte demande en manuscrits et leur prix élevés20 ont pu inciter les copistes à employer la minuscule pour des raisons d’économie et de rapidité d’exécution, alors que l’emploi de l’accentuation répond à des besoins philologiques21.

17Ainsi, les éléments mis en place par l’école de Bardas commencent à devenir visibles dans la première moitié du xe siècle, comme le souligne Génésios en affirmant que « les graines de la connaissance ont été plantées et ont abouti pour nous aujourd’hui à une générosité et lui ont apporté (Bardas) l'immortalité de sa mémoire22 ». La présence d’accents sur une inscription datée du règne de Léon VI (886-912) ne doit donc plus surprendre. L’étude du vocabulaire employé dans l’inscription vient en appui à cette observation. En effet, le qualificatif de « porteurs du sceptre » (σκηπτοῦχοι) utilisé pour désigner les deux empereurs est proprement homérique. Le terme revient sept fois dans les œuvres de l’aède grec pour désigner les rois, et il est régulièrement réemployé dans la littérature postérieure23. Or, l’influence d’Homère dans les épigrammes byzantines des ixe et xe siècles n’est pas sans liens avec les travaux de Komètas puis d’Aréthas évoqués plus haut.

18L’ensemble de ce mouvement intellectuel et les innovations philologiques qui l’accompagnent sont encouragés par l’empereur Léon VI dont Photios a été, pendant un court moment, le précepteur24. En effet, Léon VI, loin de rompre avec la politique des empereurs amoriens, s’inscrit dans la suite de l’école de Bardas fondée dans le palais de la Magnaure entre 855 et 86325. Installés par ce dernier, Léon le mathématicien, Théodore et Komètas le grammairien ont profondément renouvelé les enseignements. La seconde génération, autour de Photios et de Komètas, a encouragé la collecte et la copie des manuscrits antiques profanes et des pères de l’Église, nécessaires au fonctionnement de l’école. Aréthas, qui forme la troisième génération, s’inscrit lui aussi totalement dans ce mouvement de renouvellement culturel de l’Empire. De plus, les allusions et les citations poétiques font parties du style d’Aréthas26. L’inscription de la tour 37 porte donc les traces de ce renouveau intellectuel. Il s’agit probablement d’un texte inspiré des épigrammes composées par Aréthas ou l’un de ses disciples en l’honneur de Léon VI et de Constantin dont le règne conjoint se situe entre 908 et 91227. Le qualificatif σκηπτοῦχος n’est pas un cas isolé puisqu’il est employé depuis longtemps dans l’épigraphie romaine tardo-antique pour désigner les empereurs28. Cependant, le texte atteste de la réutilisation au xe siècle dans les inscriptions de qualificatifs d’inspiration homérique, remis au goût du jour par les philologues de la cour et régulièrement employés ensuite29.

Un aperçu d’une époque troublée (904-908)

19Le dernier argument en faveur d’une datation au xe siècle tient à des considérations historiques. La restauration du mur de Théodose par Léon III et Constantin V (ca. 740-743) a été effectuée dans l’urgence, comme en témoigne la médiocre qualité des inscriptions en lettres de briques présentes sur les tours 7 à 6330. La qualité bien supérieure de notre texte et son contenu obligent à le détacher de cette série. D’autres inscriptions du rempart de Constantinople sont par ailleurs également attribuées à Léon VI. Commençons d’abord par la tour de l’Hodigitria qui a été rehaussée et ornée d’une inscription en lettres d’or datée de 905-90631. Celle-ci rappelle les travaux importants menés autour de l’aghiasma de l’église de la Vierge Hodigitria accolée à cette tour. Poursuivons avec l’inscription de l’église de Constantin Lips, dédiée en 907, dont les lettres présentent aussi des traces de scellement de lettres d’or32. L’emploi de ce procédé est un autre moyen d’afficher l’idéologie impériale s’inspirant des rois vétéro-testamentaires et complétée par les modèles hellénistiques et romains dans lesquels l’empereur est le délégué de Dieu sur terre et doit s’afficher comme tel en éblouissant le peuple des chrétiens dans la cité terrestre33 ; les lettres d’or y contribuent34.

20Aucun séisme n’étant ressenti entre 908 et 911, il faut s’orienter du côté du contexte géopolitique pour rechercher les raisons de la réfection de la muraille terrestre, la situation militaire au tournant du xe siècle étant assez délicate pour l’empereur. L’Asie Mineure est relativement stable après la réussite de l’offensive d’Andronic Doukas sur Germanicée et la victoire de Tarse en novembre-décembre 904. En revanche, les Balkans sont menacés par les ambitions de Syméon de Bulgarie. De plus, les positions byzantines en Sicile s’effondrent avec la chute de Taormine en 90235. Les positions byzantines sont également fragiles sur mer et ne peuvent empêcher les raids arabes sur les cités portuaires. Démétrias en Thessalie est détruite en 901 ou 902 par une flotte syrienne commandée par Damien de Tarse36. Plus grave encore, en 904, une flotte arabe commandée par Léon de Tripoli croise au large de Constantinople pendant que la flotte impériale se lance dans une expédition contre Adata. Celle-ci est obligée de faire demi-tour et de chasser la flotte arabe qui razzie Abydos et atteint la Mer de Marmara. Poursuivi par la flotte byzantine, Léon de Tripoli parvient à attaquer Thessalonique par surprise37. La même année, Attaleia subit le même sort38. La pression des flottes arabes sur les côtes de l’Empire et le choc de Thessalonique, seconde cité de l’Empire, décident l’empereur à renforcer le rempart de la capitale.

21La situation est d’autant plus inquiétante qu’un raid maritime du prince russe Oleg vise directement Constantinople en 90739. D’autres cités font également l’objet d’une attention particulière, comme le rempart de la ville d’Attaleia renforcé sous le même empereur Léon VI en 911-91240, puis sous Constantin VII et sa mère, la régente Zoé, en 915-91641 - conséquence probable de l’attaque de 904. Enfin, l’absence de la mention d’Alexandre dans l’inscription coïncide parfaitement avec la période concernée. Co-empereur pendant tout le règne, il est progressivement écarté au profit de son demi-frère Constantin VII légitimé en 904, un enfant que Léon VI a eu avec sa maîtresse Zoé Carbonopsina, qui s’apprête à devenir sa quatrième épouse. L’épisode provoque la crise de la tétragamie. Cependant, Alexandre apparaît encore dans l’inscription de la tour de l’Hodigitria en 905-906. La suite des événements est à l’avantage de Léon VI : le baptême de Constantin VII finalement consenti à contrecœur (ou par crainte ?) par le patriarche Nicolas Mystikos en 906, l’échec de la rébellion d’Andronic Doukas en 906-907 et l’abdication du patriarche Nicolas en février 90742, la victoire navale d’Himérius le 6 octobre 90843 et la reconnaissance du quatrième mariage de l’empereur, accélèrent le retrait d’Alexandre. De plus, les échecs successifs du patriarche provoquent le retournement d’Aréthas de Patras, évêque de Césarée et membre de l’école de la Magnaure jusqu’alors allié de Mystikos et opposé au quatrième mariage de l’empereur. Il manœuvre alors pour revenir en grâce à la cour, voulant se venger de la dérobade de Nicolas Mystikos qu’il a soutenu pendant toute la crise. En 908, Aréthas est donc présent à la cour et susceptible de répondre à une commande d’épigramme de la part de l’empereur.

22Toutes les conditions sont réunies pour évincer définitivement Alexandre dont le nom disparaît des monnaies d’or au moment où Constantin est associé en mai 908, et cela jusqu’en 91244. Il n’est donc pas étonnant de le voir disparaître aussi des inscriptions dès 908.

Conclusion

23L’inscription de la tour 37 est une illustration de l’influence qu’exercent les lettrés de la cour autour d’un empereur particulièrement bienveillant envers la culture. Le soin apporté à l’inscription et au texte, tant par la forme (lettres en reliefs, finesse de la sculpture) que par le fond (référence homérique), désigne le travail d’Aréthas de Césarée (ou l’un de ses proches, élèves ou imitateurs), revenu en grâce à la cour en 907 après la crise de la tétragamie. Ce dernier, issu de la prestigieuse école du palais, fait partie du groupe des grammairiens qui, à la suite de Komètas, effectue un gigantesque travail de philologue en collectant des textes antiques, en les copiant, en les corrigeant et en adoptant de nouvelles formes d’écritures, plus cursives et accentuées. C’est ce qui transparaît dans l’inscription de la tour 37 qui est une émanation de la culture de la cour.

24D’autre part, la réfection de plusieurs tours du rempart de la capitale est à mettre en relation avec la situation géopolitique difficile dans les années 904-908, et en particulier avec le raid d’Oleg sur Constantinople en 907. Ajoutons à cela l’éviction d’Alexandre qui disparaît des inscriptions au profit de Constantin en 908. Tout cela crée une concordance de faits qui nous amène à réviser la datation des inscriptions des tours 7, 34, 37 et peut-être le fragment de la tour 19 pour proposer une fourchette chronologique entre 908 et 912.

25Enfin, le recours à un lettré pour composer une inscription est une pratique de plus en plus courante45. En effet, après la conquête de la Crète en 961, Romain II fait peut-être appel à Théodose le Diacre pour composer l’épigramme de la tour 4 ; après le séisme de 989, Basile II fait appel à Jean Géomètre pour composer l’inscription de la tour 1 du rempart théodosien (dite « tour de marbre »)46. L’inscription de Léon VI de la tour 37 nous propose peut-être un exemple précoce de cette pratique.

Notes

1 En particulier sur les qualificatifs de megas basileus, inspirés directement des titulatures établies par Héraclius et ses successeurs au 7e siècle (voir A. Loaëc, « Les inscriptions en lettres de briques du rempart terrestre de Constantinople-Istanbul : un aperçu des événements de 740-743/744 ».  In-Scription - Livraisons | Deuxième livraison, 2018. [En ligne] Publié en ligne le 27 avril 2018. http://in-scription.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=237, consulté le 20/05/2018).

2 Constantin VII, De Ceremonis, I, 18, l. 9-10 (A. Vogt, éd. et trad., 1935, rééd. 2006, p. 101) parle de « la porte qui s’ouvre en face de la source » (τῆς ἐξαγούσης πόρτης ἀπέναντι τῆς πυγῆς) ; R. Janin, Constantinople byzantine, 1964, p. 275. Le sanctuaire de la Source Vivifiante est un aghiasma (une source sacrée) bâti en 474 par Léon 1er (Nicéphore Calliste) puis agrandi et enrichi par Justinien. Détruit lors du séisme de 790 (N. Ambraseys, Earthquakes in the Mediterranean and Middle East. A Multidisciplinary Study of Seismicity up to 1900, Cambridge, 2009, p. 238), il est reconstruit par Irène puis par Basile 1er. Détruite de nouveau en 928, et rebâtie avant 932 puisque Pierre de Bulgarie y épouse Marie. L’eau qui s’y trouve est connue pour ses vertus miraculeuses, même après la conquête ottomane. Reconstruit en 1833, le sanctuaire est également appelé Balıklı kilisesı (l’église « aux poissons ») par les Turcs (E. Mamboury, Constantinople touristique, 1951, p. 209 ; R. Janin, La géographie administrative de l’Empire byzantin, Partie 1, vol. III, Les églises et les monastères, Paris, 1969, p. 223-228).

3 Elle portait une inscription datée de 1438, aujourd’hui déposée au musée archéologique d’Istanbul, et qui la qualifiait ainsi : ἡ θεόσωστος πύλη αὐτὴ τῆς Ζωοδόχου Πηγής (« cette porte de la Source Vivifiante gardée par Dieu »).

4 R. Janin, Constantinople byzantine, 1964, p. 141-142. Ne pas confondre avec le palais des Pegès qui se trouve au Nord de la Corne d’or.

5 L’information nous est fournie par Georges Sphrantzès (ca. 1401-ap. 1472, Chronikon, Bonn, p. 253 : τῆς πύλην τῆς λεγομένης Σηλυβρίας, « la porte qui porte le nom de Silivria »), secrétaire de Manuel II (1391-1425) puis protovestiaire et diplomate sous Jean VIII (1425-1448) et Constantin XI (1448-1453). Il rédige son récit historique entre 1453 et 1472 ; R. Janin, ibid.., p. 275.

6 Inscription de la tour 36 : + Πύργος Βασηλείου κ(αὶ) Κωνσταντίνου ἐν Χ(ριστ)ῷ αὐτοκρατώρον, Tour de Basile et Constantin, empereurs dans le Christ (A. M. Schneider in B. Meyer-Plath, Die Landmauer von Konstantinopel, II, 1943, n° 23 ; Cl. Foss, « Anomalous imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », Studies Presented to Sterling Dow, (Greek, Roman and Byzantine Monograph, 10), Durham N.C., 1984, p. 79 ; SEG 34, 703). Le doute persiste sur l’identité des empereurs. Plusieurs analyses attribuent l’inscription aux règnes de Basile II-Constantin VIII gravée après le séisme de 989. Cependant, le style épigraphique de l’inscription et la topographie des lieux plaident plutôt en faveur de Basile 1er et Constantin (869-879) qui a fait restaurer l’aghiasma de la Source Vivifiante, probablement après le séisme de 869 et visiblement avec beaucoup de fastes (Cedrenus, Bonn, II, p. 304 ; R. Janin, Géographie ecclésiastique, op. cit., p. 224 ; N. Ambraseys, op. cit., p. 246).

7 Je remercie beaucoup Nicholas Melvani pour ses précieuses informations archéologiques.

8 L’une, située sur la tour 7 a été copiée et publiée par A. G. Paspatis, Βυζαντιναὶ μελέται τοπογραφικαὶ καὶ ἰστορικαὶ μετὰ πλείστων εἰκόνων, Constantinople, 1877, p. 53. En revanche il n’a pas pris note de celle située sur la tour 34, vue et publiée dans B. Meyer-Plath et A. M. Schneider, op. cit., n° 18. Les tours 7 et 34 sont aujourd’hui totalement délabrées ou inaccessibles.

9 Un fragment copié par A. M. Schneider en 1938 contient les lettres + Λεω. Il n’est pas impossible de penser qu’il s’agisse du reste d’une inscription de la même série. (B. Meyer-Plath et A. M. Schneider, op. cit., n° 13, p. 127 et discuté par Cl. Foss, op. cit., p. 83 qui l’attribue plutôt à l’empereur Léon V après le séisme de 815).

10 C. Mango, « Byzantine epigraphy (4th-10th) », in Paleografia e codicologia greca. Atti del II Colloquio internazionale (Berlino-Wolfenbüttel, 17-21 ottobre 1983), Alessandria, 1991, I, p. 246.

11 N. Oikonomidès, « Pour une nouvelle lecture des inscriptions de Skripou », TM, 12, 1994, p. 479-493 (photographie) ; A. Rhoby, Byzantinische Epigramme auf Stein, 2014, n° GR98, p. 319-324 (photographie).

12 L’inscription de Nicée est connue depuis longtemps (première publication par J. Gruter, Inscriptiones antiquae totius orbis romani…, Heidelberg, 1602-1603, p. mclx, 17 d’après un relevé de Busbecq en 1555). Voir en dernier lieu C. Mango, « Notes d’épigraphie et d’archéologie, Constantinople, Nicée », TM, 12, 1994, p. 352, pl. IV, fig. 6 (photographie).

13 On le remarque sur les mots Λέων σὺν Κωνσταντίνου, τόνδε, ήγειραν, πύργον τῶν βάθρων. Pour ce dernier mot, il n’est pas facile de distinguer l’accent sur la lettre A.

14 P. Lemerle, Le premier humanisme byzantin : notes et remarques sur l’enseignement et culture à Byzance des origines au xe siècle, Bibliothèque byzantine, 6. Études, Paris, PUF, 1971, p. 207 et n. 8. Aréthas, contrairement à l’idée reçue, n’a jamais été le disciple de Photios, ni même professeur ; N. Wilson, Scholars of Byzantium, Londres, 1983.

15 P. Lemerle, op. cit., p. 166 : Kométas est connu pour nous avoir laissé plusieurs épigrammes transmises au travers de l’Anthologie palatine, largement inspirées de la poésie homérique. Il reconnaît lui-même avoir recopié des manuscrits « d’un Homère corrompu et nullement ponctué » (τὰς Ὁμηρίους βίβλους ἐφθαρμέτας τε κοὐδαμῶς ἐστιγμένας, W. R. Paton (éd), The Greek Anthology, vol. 5, 1918, livre XV, 38, p. 142). Il est difficile de savoir si les textes étaient translittérés ou simplement repassés à l’aide de caractères minuscules, comme c’est le cas pour le Psautier Chludov rédigé en lettres onciales au milieu du 9e siècle mais repassé de caractères minuscules au 12e siècle (A. Frolow, « La fin de la querelle iconoclaste et la date des plus anciens psautiers grecs à illustrations marginales », Revue de l’histoire des religions, 162/2, 1963, p. 201-223).

16 G. Dagron, « Byzance et la Grèce antique : un impossible retour aux sources », in La Grèce antique sous le regard du Moyen-Âge occidental (Actes du 15ème colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer les 8 & 9 octobre 2004), Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres, 2005, p. 196-197. Sur la place occupée par Homère dans la société byzantine, voir R. Browning, « Homer in Byzantium », Viator, 6, 1975, p. 15-33 ; E. M. Jeffreys, « The Attitudes of Byzantine Chroniclers towards Ancient History », Byz., 49, 1979, p. 199-238. En dernier lieu, consulter A. Markopoulos, « L’éducation à Byzance aux ixe-xe siècles », TM, 21/2, 2017, p. 53-74.

17 Jean Malalas, Chronographia, éd. Bonn, 1831, livre V.

18 P. Lemerle, op. cit., p. 226-227.

19 R. D. Saffrey, « Retour sur le Parisianus Graecus 1807. Le manuscrit A de Platon », in C. d’Ancona (dir.), Libraries of the Neoplatonists, Brill Philosophia Antiqua, 107, Leiden-Boston, 2007, p. 3-28 : le manuscrit Bodleaianus Clarke 39 a été acheté par E. D. Clarke en 1801 au monastère du Patmos puis déposé à la Bodleian Library. Il est le plus ancien manuscrit des Tétralogies de Platon conservé aujourd’hui.

20 N. Kravari, « note sur le prix des manuscrits (ixe-xve siècle) », in V. Kravari, J. Lefort et C. Morrisson (éd.), Hommes et richesses dans l’Empire byzantin, II (viiie-xve siècle), Paris, 1991, p. 375-383.

21 Il y a coïncidence entre la formation de l’école de la Magnaure et l’apparition des premiers signes d’accentuation. Le Psautier Uspensky, daté de 862 et rédigé en onciales est accentué. Par ailleurs, le plus ancien manuscrit écrit en minuscules est un exemplaire d’Euclide rédigé pour Aréthas en 888, et précède de peu l’exemplaire des Tétralogies de Platon daté de 895 évoqué ci-dessus (E. M. Thompson, Handbook of Greek and Latin Palaeography, Londres, 1903, p. 156 et p. 163).

22 Génésios, Bonn, p. 98, l. 13-15 : ὥστε τοῦ λόγου τὰ σπέρματα ἔκτοτε καὶ μέχρι τῆς δεῦρο διαυξηθέντα ἐπὶ πλέον τελεσφορεῖν εἰς ἐκείνου μνήμην ἀνάγραπτον.

23 Σκηπτοῦχος βασιλεύς. Voir Homère, Iliade, I, v. 279 ; II, v. 86. Idem, L’Odyssée, II, v. 241 ; IV, v. 64 ; V, v. 9 ; VIII, v. 41 et 47. Le terme est également présent chez Xénophon (Cyropédie, VII, 3, 16 ; VIII, 1, 39 ; VIII, 3, 15 ; Anabase, I, 6, 11). On le rencontre également plus récemment dans le Lexicon de Photios, terme qu’il traduit simplement βασιλεύς.

24 Constantin VII dans Theoph. Cont., Bonn, 1839, V, p. 276-277 : ὃθεν κἀν τοῖς βασιλείοις διατριβὴν αὐτῷ δοὺς οἰκείων παίδων ἀπέδειξε παιδευτὴν καὶ διδάσκαλον.

25 Sur la place de Léon VI dans ce renouvellement intellectuel, voir en dernier lieu T. Antonopoulou, « Emperor Leo VI the Wise and the “first Byzantine humanism” on the quest for renovation and cultural synthesis », TM, 21/2, 2017, p. 187-234.

26 Aréthas aime enrichir son vocabulaire « avec des proverbes, des citations, des allusions et des lignes poétiques, comme les cubes d’une mosaïque multicolore » (Scritora Minora éd. L. Westerlink, vol. 1, Leipzig, 1968-1972, p. 189, l. 26-31, passage cité dans A. Kazhdan (éd.), Arethas of Caesarea, ODB, I, 1991, p. 163.

27 L’épigramme de l’église dédiée à Saint-Pierre, Saint-Paul et à la Vierge à Skripou, évoquée ci-dessus, est aussi un texte élaboré par un lettré de la cour impériale (N. Oikonomidès, op. cit., p. 479-493).

28 Les exemples épigraphiques sont nombreux, en particulier en Asie Mineure et en Thrace entre le 4e et le 6e siècle (recherche sur la base de la Packard Humanities Institute, www.epigraphy.packhum.org occurrence « σκηπτουκο », 18 textes). En revanche, aucun texte des 7e-9e siècles, à ma connaissance, ne font référence à ce qualificatif.

29 On rencontre régulièrement ce qualificatif pendant la période tardive au détour de la poésie de Christophe de Mytilène au 11e siècle (poème 19, v. 7), dans la chronique de Constantin Manassès au 12e siècle (O. Lampsidis, Constantini Manassis Breviarium chronicum, Athènes, 1996) ou dans la chronique d’Ephrem au 14e siècle (ἡ σκηπτουκία, O. Lampsidis (éd.), Ephraem Aenii Historia chronica, CFHB 27, Athènes, 1990).

30 A. Loaëc, op. cit., voir n. 1.

31 R. Demengel et E. Mamboury, « Une inscription datée sur une tour byzantine de Constantinople », BCH, 60, 1936, p. 213. L’inscription porte des pattes de scellement qui sont les traces des lettres d’or qui la recouvrait.

32 C. Mango, « Byzantine epigraphy », op. cit., p. 140, pl. 25.

33 Sur cette question, voir en particulier G. Dagron, Empereurs et prêtres, Gallimard, 2006.

34 Les lettres d’or sont une invention augustéenne. On en trouvait également sur la Porte dorée datant du 5e siècle.

35 J. Shepard, The Cambridge History of Byzantine Empire, 2008, p. 538.

36 Une mise au point de la chronologie a été faite par V. Grumel, « Chronologie des événements du règne de Léon VI », EO, 35, 1936, p. 34-36. En effet, le Ps-Syméon (Bonn, p. 703) parle de la prise de Démétrias peu après avoir évoqué l’élection de Nicolas Mystikos en 901. Visiblement, cela fait plusieurs années que le golfe de Démétrias est la cible d’attaques de pirates.

37 Pour un récit des événements, W. Treadgold, A History of the Byzantine State and Society, Stanford University Press, 1997, p. 466-467.

38 Les troupes d’Oleg ont ravagé les alentours de la capitale : G. Ostrogorsky, « L’expédition du prince Oleg contre Constantinople en 907 », Seminarium Kondakovianum, XI, 1940, p. 47-62 ; M. Lascaris « Les sources épigraphiques de la légende d’Oleg », in Παγκάρπεια. Mélanges Henri Grégoire, III, 1951, p. 213-221. Réimprimé dans M. Lascaris, Deux notes sur le règne de Syméon de Bulgarie, Wetteren, 1952, p. 5sq. ; H. Grégoire, « Le communiqué arabe sur la prise de Thessalonique », Byz., 22, 1952, p. 373sq. ; A. Vasiliev, « The Second Russian Attack on Constantinople », DOP, 6, 1951, p. 163-225 ; J. M. Hussey, The Cambridge Medieval History, IV/1, 1966, p. 505.

39 W. Treadgold, op. cit., p. 468.

40 En dernier lieu, A. Rhoby, Byzantinische Epigramme auf Stein, 2014, n° TR25, p. 559-562.

41 A. Rhoby, op. cit., n° TR26, p. 562-566.

42 V. Grumel, « La révolte d’Andronic Dux sous Léon VI, la victoire navale d’Himérius », EO, 36, 1937, p. 206-207 : Andronic se sentant menacé après avoir refusé de coopérer avec Himérius dans une expédition navale, s’enferme dans Kaballa près d’Iconium à l’automne 906. En février-mars 907, une lettre du patriarche Nicolas est interceptée, l’enjoignant à refuser les demandes de retour en grâce de la part de l’empereur. Pris de panique, le patriarche démissionne. C’est au même moment qu’Andronic décide de passer aux musulmans.

43 V. Grumel, op. cit., p. 205.

44 Ph. Grierson, Catalogue of the byzantine coins in the Dumbarton Oaks Collection, vol. III/2, p. 509.

45 On l’a vu plus haut avec l’épigramme de Skripou en 873-874.

46 B. Meyer-Plath et A. M. Schneider, op. cit., n° 1 ; A. Rhoby, « Tower, stablished by God, God in protecting you: Inscriptions on Byzantine Fortifications. Their Function and their Display » in C. Stavrakos (éd.), Inscription in the Byzantine and Post-Byzantine History and History of Art (Ioannina, June 26-27, 2015), Harrassowitz Verlag-Wiesbaden, 2016, p. 341-370, en particulier p. 354.

Pour citer ce document

Par Arnaud Loaëc, «L’inscription de la tour 37 du rempart terrestre de Constantinople. Crise de l’empire et renouvellement intellectuel au début du Xe siècle.», In-Scription: revue en ligne d'études épigraphiques [En ligne], Livraisons, Troisième livraison, mis à jour le : 22/11/2019, URL : https://in-scription.edel.univ-poitiers.fr:443/in-scription/index.php?id=386.