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Les inscriptions en lettres de briques du rempart terrestre de Constantinople-Istanbul : un aperçu des événements de 740-743/7441

frPublié en ligne le 27 avril 2018

Par Arnaud LOAËC

Résumé

Les tours 18 à 63 du rempart terrestre de Constantinople-Istanbul portent les restes d’inscriptions formées de lettres en briques maçonnées. Elles contiennent les noms de Léon III et Constantin V (720-741), les grands vainqueurs de la bataille d’Akroinon en 740. Elles témoignent de la restauration d’urgence effectuée après le séisme d’octobre 740. Mais ces inscriptions, toutes maçonnées entre fin 740 et 743, révèlent aussi l’importance de la propagande impériale véhiculée par les deux premiers empereurs iconoclastes, qui n’ont pas hésité à exploiter la victoire d’Akroinon pour mettre en avant leur programme politique. Enfin, les dernières inscriptions ne comportent que le nom de Constantin V accompagné du titre « porphyrogénète », dont il s’agit du premier témoignage épigraphique. Celui-ci atteste de la volonté de Constantin V de souligner sa légitimité peu après la rébellion de son beau-frère Artavasde.

Abstract

Constantinople-Istanbul land wall towers 18 to 63 bear writings remains of brick masonry letters. They include the names of Leo III and Constantine V (720-741), the great victors of the battle of Akroinon in 740. They reflect the emergency restoration carried out after the earthquake of October 740. But these inscriptions, built between the end of 740 and 743, also show the imperial propaganda importance conveyed by the first two iconoclastic emperors, who did not hesitate to exploit the Akroinon victory to emphasize their political program. Finally, the last inscriptions contain only the name of Constantine V with the title “porphyrogenete”, which is the first epigraphic testimony. It attests to Constantine V desire to emphasize its legitimacy after the rebellion of his brother-in-law Artavasde.

1Bien que le rempart terrestre de Constantinople ait fait depuis longtemps l’objet de recherches et de publications nombreuses2, quelques inscriptions méritent à mon avis d’être réétudiées. Deux missions à Istanbul (avril 2011 et août 2014) m’ont permis de prospecter attentivement l’ensemble du rempart terrestre et particulièrement la zone courant de la tour 18 à la tour 63. Ces dernières, fortement dégradées, portent presque toutes des dédicaces contenant les noms des empereurs « Léon et Constantin » et sont constituées de « lettres de briques », ce qui est, à ma connaissance, un des rares exemples de ce procédé dans l’Empire byzantin3. En 1984, Clive Foss4 a voulu montrer que ces inscriptions dataient, en partie, du règne conjoint de Léon III5 et Constantin V6 (720-741) et qu’elles étaient la marque des restaurations effectuées après les ravages du séisme de 7407. En revanche, il avait avancé l’hypothèse d’une datation plus récente pour les inscriptions des tours 45 et 48, datant selon lui des empereurs Léon IV et Constantin VI (776-780). Or, la proximité géographique, mais aussi la ressemblance troublante de ces inscriptions, m’ont amené à revoir la question. Il est en effet étonnant qu’au milieu de cette quarantaine de tours, deux aient pu être restaurées 35 ans après le séisme, sur un modèle strictement identique. Une enquête géographique et paléographique doit nous permettre de démontrer que l’ensemble de ces inscriptions a été maçonné d’un seul tenant entre 740 et 744.

Le dossier8

  1. Inscription de la tour 189

2

Fig. 4 : Inscription de la tour 18 (voir l’image au format original)

3Ἰησοῦς Χριστὸς νικᾷ. Λέ̣[ο]ντος [κ]αὶ Κων[σ]ταντήνου [με]γάλ[ον βασιλέ]ον καὶ αὐτοκ[ρ]ατώρον, πολλ[ὰ τὰ ἔτη.]

4(Par ce signe) Jésus-Christ triomphe ! (Tour de) Léon et Constantin, grands basileis et autokratôrès, nombreuses années.

  1. Inscription de la tour 2510

5

Fig. 5-1 : Inscription de la tour 25 (voir l’image au format original)

Fig. 5-2 : Inscription de la tour 25 (voir l’image au format original)

6+ [Λέοντος καὶ Κωνσταν]τίνου +  + μ[ε]γ̣άλων [βασιλέων καὶ αὐτοκρατόρων] πολλὰ τὰ ἔτη +

7(Tour de) Léon et Constantin, grands basileis et autokratôrès, nombreuses années.

  1. Inscription de la tour 4511

8

Fig. 6 : Inscription de la tour 45 (voir l’image au format original)

9 [+ Νικᾷ ἡ τ]ύ̣χη Λ̣έ̣οντ̣ος̣ [καὶ Κωνσ]τ̣αν[τ]ίνου με̣γ̣άλ[ω]ν̣ [βασι]λέ[ων]

10Triomphe la fortune de Léon et de Constantin, les grands basileis.

  1. Fragment d’inscription de la tour 4712

11[Λέο]ν[τος καὶ Κωνσταντίνου ?. . ? . .]με[γ]άλ[ων βασιλέων ? ]

12…de Léon et Constantin…grands basileis ?

  1. Fragment d’inscription de la tour 4813

13

Fig. 7 : Inscription de la tour 48 (voir l’image au format original)

14Νι[κᾷ ἡ τύχ]η Λέοντ̣[ος καὶ Κωνστα]ν̣τίνου μεγά]λον̣ [βασιλέων καὶ αὐτ]οκ[ρ]α̣[τ]ορ̣[ων]

15Triomphe la fortune de Léon et Constantin, grands basileis (?) et autokratôrès.

  1. Fragment d’inscription de la tour 5414

16

Fig. 8 : Inscription de la tour 54 (voir l’image au format original)

17ΧριστὲΘεός, ἀτάραχονκαὶἀπολέμιτονφύλατετὴνπόλινσου, νήκαςδορούμενοςτῦςβασιλεῦσινἡμõν.

18Ô Christ, fils de Dieu, garde ta cité tranquille et pacifique en offrant des victoires à nos empereurs (litt. « à ceux qui nous gouvernent »).

  1. Fragment d’inscription de la tour 5515

19

Fig. 9 : Inscription de la tour 55 (voir l’image au format original)

20. . . Λέον]τος κ̣αὶ Κ̣ωνσ̣τα̣ντ̣ίνου. . . .βασιλέω]ν ? πολὰ τὰ ἔ̣τ̣[η]

21…de Léon et Constantin…basileis. Nombreuses années.

  1. Fragment d’inscription de la tour 5616

22

Fig. 10 : Inscription de la tour 56 (voir l’image au format original)

23+ Λέ̣ων καὶ Κ[ωνσταντῖνος. . .ἐ]ν θεῷ νικ[ηφόροι ?

24(Tour de) Léon et Constantin…Dieu, vainqueurs… ?

25Note : Le second fragment fait peut-être apparaître la fin d’un Ω ce qui permettrait de compléter la lacune par [ἐνΧριστῷτ]θεῷ, formule que je trouve plus proche de la titulature officielle en vigueur.

  1. Fragment d’inscription de la tour 5717

26

Fig. 11 : Inscription de la tour 57 (voir l’image au format original)

27+ Νικ[ᾷ] ἠ τ̣ύ̣χ̣η Κωνστ̣α̣ντίνου Πορϕυρογ̣ε̣νν̣ήτου μεγάλο[υ] βασιλ[έως]

28Triomphe la fortune de Constantin Porphyrogénète, grand basileus.

  1. Fragment d’inscription de la tour 6318

29

Fig. 12-1 : Inscription de la tour 63 (voir l’image au format original)

Fig. 12-2 : Inscription de la tour 63 (voir l’image au format original)

30- - -]Ε  . / [. 3 .] VΟΝΟΕ . . Χ̣ . ΚΑΙ | ΘΕV_Ο [. . . 9 . . .] . Ο [. . .]

31. . .]καίΘευδ̣ο[. . .

32Notes : Après la lecture ΘΕV, on distingue une brique à plat qui pourrait être la base d’un Δ. On peut aussi lire le nom d’une impératrice Théodora. On peut aussi y voir une partie du titre Théophylaktos.

Fig. 1 : Carte de répartition des inscriptions (voir l’image au format original)

Matériel et paléographie

33Le choix des briques (keramoi) comme matériaux de construction s’est imposé immédiatement. C’est un matériel déjà largement employé, souple, peu coûteux, avec un artisanat bien implanté à Constantinople. La capitale devait compter des briqueteries (ergasterion) bien qu’aucune ne soit attestée dans les sources avant le xe siècle19. Cependant, en dehors de l’inscription, entièrement maçonnée de briques, les tours ont été rebâties avec les matériaux d’origine, composées de parois en moellons rectangulaires et un chainage de briques à intervalle régulier. D’autres monuments présentent des traces de restauration à base de briques à la suite du séisme de 740. Par exemple, la partie haute de l’église Sainte-Irène, également touchée par le même séisme d’après le récit de Nicéphore20, est rebâtie sur une base de lignes de briques sur lit de mortier de 6 à 8 cm, une caractéristique de construction très employée aux viiie et ixe siècles21. Ajoutons qu’en novembre 765 Constantin V décide de restaurer l’aqueduc de Valentinien. Pour cela, il fait appel à de nombreux artisans venus de tout l’Empire22, en particulier 200 keramopoioi (comprenons des « fabricants de briques ») venus de Thrace23 et financés par les fonds publics24.

34Les inscriptions présentées ici sont formées par un assemblage de briques plates de 15 à 30 cm, posées sur champ et tenues par un mortier de chaux et de tuiles ou de briques pilées. L’assemblage comporte d’une à quatre briques. La composition est placée sur la partie haute de la tour, juste en dessous des créneaux.

35Les lettres constituées d’arrondis sont formées de deux façons. Soit on utilise une brique cylindrique, probablement des éléments de canalisation, éventuellement recoupée par le milieu, soit par association de tuiles spécialement façonnées pour l’occasion (le ω ou le ε par exemple). Les mêmes moulages servent à former les extrémités des croix (fig. 6) ou la conjonction « ȣ » (il s’agit en fait d’un ο portant un v/υ suscrit, voir fig. 8 et 11) qui est d’ailleurs utilisée dans deux inscriptions25.

36La paléographie est caractéristique du viiie siècle, constituée d’onciales de tradition tardo-antique et somme toute assez classiques26. On peut noter la forme d’un grand ω en lieu et place de la graphie Ω ou encore le C pour le Σ, classique à l’époque byzantine. Au total, l’ensemble du dossier permet d’identifier 20 lettres et une conjonction, rassemblées dans le tableau suivant.

Fig. 2 : Récapitulatif des différentes graphies des inscriptions (voir l’image au format original)

37La langue est celle de la chancellerie impériale. On y rencontre de nombreux vocalismes, en particulier des iotacismes, des confusions entre « o » et « ω », ou encore des contractions et abréviations. On remarquera le cas de πολά au lieu de πολλά (n° 7), τῦς pour τοῦς, νήκας pour νίκας, ἡμõν pour ἡμῶν (n° 6), μεγάλον pour μεγάλων (n° 5)27.

38Ces inscriptions sont aujourd’hui en très mauvais état, comme le soulignent les photographies présentées à la fin de l’étude. Certaines ont maintenant disparu et d’autres menacent de disparaître dans les années qui viennent, victimes de leur délabrement ou de restaurations parfois hâtives. Quelques-unes ont fait l’objet de réparations de fortune au mortier gris, recouvrant certaines lettres. La seule inscription ayant fait l’objet d’une restauration sérieuse est aussi l’inscription la plus complète et spectaculaire. Il s’agit de celle de la tour 54 (n° 6) dans une zone de promenade à visée touristique près de la voie du tramway à Top kapı. Pour les autres, quand l’état de l’inscription ne le permettait plus, nous nous sommes référés à des transcriptions plus anciennes, rarement accompagnées d’une photographie28.

L’analyse du corpus

39L’année 740 est évoquée par Théophane et Nicéphore, unanimes sur ce point29 : quelques mois après la victoire d’Akroinon30, un séisme, survenu le 26 octobre 740, a ravagé la capitale et son rempart, ainsi que la Thrace et la Bithynie, détruisant, selon Théophane qui donne le plus de détails, une partie non négligeable du patrimoine de Constantinople31. La cité a énormément souffert du séisme. De nombreux monuments se sont effondrés ainsi qu’une grande partie de l’habitat. Les remparts ont été fragilisés et se sont même effondrés par endroit. Une partie de la population a dû se réfugier au-delà des remparts dans des cabanes de fortunes. La situation est si préoccupante que l’empereur doit en appeler à la population pour lever les sommes nécessaires à la reconstruction du rempart32, vitale pour la défense de la capitale, toujours menacée par les Bulgares et les Arabes33.

40Notre documentation épigraphique est très certainement liée à ces épisodes car elle témoigne de la reconstruction des remparts dans les mois qui ont suivi le séisme. Cette reconstruction, on le verra, s’est faite en deux temps, interrompue par la mort de Léon III en juin 741 et ses conséquences. La seconde phase de construction intervient après la reprise de la capitale par Constantin V en 743 ou 744, ce qui occasionne quelques modifications dans le formulaire employé.

41Plusieurs hypothèses peuvent être dégagées de ce dossier. La concentration géographique et la ressemblance de ces inscriptions, d’abord, nous orientent vers une réalisation effectuée dans une fourchette chronologique assez resserrée. À mon avis, l’hypothèse de Clive Foss selon laquelle certaines d’entre elles seraient attribuées au règne conjoint de Léon IV et Constantin VI (775-780) est à revoir pour plusieurs raisons.

Les megaloi basileis

42Le formulaire employé est caractéristique du viie et de la première moitié du viiie siècle. Les titres « μεγάλοιβασιλεῖς » et « αὐτοκράτορες », bien que lacunaires, sont faciles à reconstituer. Les titres « basileus » (=roi, empereur) et « autokratôr » (litt. seul détenteur du pouvoir est la transcription du vieux titre romain imperator) sont entrés en vigueur après la victoire d’Héraclius sur les Perses en 627 et apparaissent pour la première fois dans la novelle XXV datée d’avril 62934. Le qualificatif « megas » (=grand) ajouté devant le titre impérial, en revanche, a suscité de nombreux débats35.

43Dans ces inscriptions, les empereurs Léon et Constantin, père et fils, sont qualifiés de « grands basileis », ce qui semble être inédit36. Par ailleurs, les sources numismatiques laissent entendre qu’il existe une certaine égalité entre les deux souverains puisque tous les deux sont qualifiés de basileus37. Si l’on se réfère à Constantin IV, qui a probablement accolé le titre megas après sa victoire contre les Arabes en 678, prélude à la « révolution » de 68138, il n’est pas impossible d’avancer l’idée que Léon III, ancien officier de Justinien II et dans un souci d’imitation des Héraclides, a exploité la victoire de Constantinople de 718 puis celle d’Akroinon de mai 740 pour s’attribuer le titre de megasbasileus et y associer son fils en âge de régner. En effet, Léon III, âgé de 65 ans, prépare sa succession et devance d’éventuelles revendications de la part de son gendre Artavasde.

44Les sources sont insuffisantes pour évaluer comment le titre a évolué entre la déposition de Justinien II en 711 et l’arrivée au pouvoir de Léon III en 717. Cependant, le message des inscriptions du rempart de Constantinople laisse entendre que le sens s’est transformé pour répondre à de nouveaux besoins politiques de la nouvelle famille au pouvoir, en faisant évoluer le principe de succession dans un sens dynastique39, et en recentrant les forces vives de l’Empire dans un effort militaire qu’Hélène Ahrweiler qualifie de « militarisation de l’Empire byzantin40 ».

L’idéologie de la victoire

45Les inscriptions 6 et 8 comportent en effet une acclamation classique à la victoire. Léon III, comme je l’ai évoqué plus haut, a recentré sa politique sur la défense de ce qui reste de l’Empire. De plus la victoire militaire permet de justifier sa politique iconoclaste en vigueur depuis 726-72741. Les victoires de Constantinople en 718, de Nicée en 727 sur un raid musulman42 et d’Akroinon en 740 permettent aux empereurs iconoclastes de se targuer du soutien divin et ainsi de faire taire leurs adversaires43. Cette impression est confirmée par les émissions monétaires qui soulignent que l’acclamation à la victoire est une donnée récurrente sous le règne de Léon III44. Enfin, les acclamations « Ἰησοῦς Χριστὸς νικᾷ (ou νίκα) », (par ce signe) Jésus Christ triomphe et « νικᾷ ἡ τύχη », triomphe la fortune, formulées sur quatre inscriptions des tours 18, 45, 48 et 57 (n° 1, 3, 5 et 9) accentuent encore cette impression45.

46D’autre part, la mention du polychronion (πολλὰ τὰ ἔτη, nombreuses années) figure sur les inscriptions 1, 2 et 7. Celui-ci est présenté comme une acclamation militaire par Constantin VII, prononcée au lendemain d’une victoire militaire ou d’une distribution particulière46. On rencontre cette acclamation sur les monnaies du second règne de Justinien II (705-711), puis chez ses successeurs immédiats47 comme Léon III avant de disparaître. Cependant, la bataille d’Akroinon, première victoire sur un champ de bataille depuis longtemps48, a vraisemblablement réactivé l’emploi du polychronion, associé à la titulature megaloibasileis, par imitation des derniers Héraclides. La destruction des remparts en octobre 740 a donc donné à l’empereur de mettre en avant sa victoire du mois de mai précédant le séisme, et ainsi confirmer la puissance impériale dans le contexte de la crise iconoclaste afin de justifier sa politique religieuse.

47L’inscription 8, bien que lacunaire, entre aussi pleinement dans l’argumentaire militaire. La tournure est évidemment très différente de la série analysée ci-dessus. Cependant, si on observe le style, nous pourrions avoir ici le fragment d’un texte plus long, qui devait comporter des tournures poétiques ou des invocations, telle l’inscription de la tour 54 (n° 6). Il n’est donc pas improbable que les empereurs cités soient de nouveau Léon III et Constantin V.

Constantin V « porphyrogénète », la consécration de la dynastie isaurienne

48La mention de « Constantin porphyrogénète » sur la tour 57 (n° 9) est plus surprenante. On s’attendrait naturellement à y voir Constantin VII (913-959). Clive Foss avançait, pour des raisons historiques, le nom de Constantin VI49. Encore une fois, cette datation nous paraît bien isolée pour une de ces inscriptions en lettres de briques. Cela m’amène à envisager la possibilité d’y lire Constantin V. Né en juillet 718, son père étant déjà empereur depuis un an50, il a été couronné le jour de Pâques 72051. Il est probable que Léon III, voulant installer sa dynastie, ait attribué à son fils le titre de « né dans la pourpre », dont l’utilisation, déjà en vigueur au VIe siècle, devient un argument dynastique au VIIIe siècle52. Par ailleurs, l’emploi de ce titre rend obsolète l’ancienne formule de megas basileus telle qu’elle était employée sous les Héraclides depuis 678/681. Cela justifie l’emploi du pluriel megaloi basileis, dont le titre donne à Constantin V une place identique à celle de son père et souligne plus particulièrement les qualités militaires de l’empereur.

49Par ailleurs, l’empereur Constantin V étant le seul cité, cela implique une fourchette chronologique située entre 741 et 75153. La mention assez inédite du titre de porphyrogénète est peut-être un rappel de la qualité de l’empereur par rapport à son beau-frère Artavasde qui, de juillet 741 à novembre 743 ou 744, occupe Constantinople54. Les remparts ne sont probablement pas encore achevés55, ou ont subi des dégâts pendant le siège à cause des répliques mentionnées par Théophane. Une fois Artavasde battu dans les environs de Constantinople, Constantin V achève les remparts en signalant plus distinctement qu’il est le véritable empereur légitime. La dédicace de la tour 57 (n° 9) est donc, je pense, la première mention officielle du titre « porphyrogénète » employée en 743-744.

Qui sont les souverains cités sur la tour 45 ?

50Le cas de la tour 45 mérite un développement supplémentaire. En effet, en plus de l’inscription de briques présente in situ au sommet de la tour (n° 3), un autre bloc de marbre gravé est inclus dans le coin sud-ouest, à deux mètres de hauteur56. On y lit : « Triomphe la fortune de Léon et Constantin, nos seigneurs protégés par Dieu et Irène, notre très pieuse augusta57 ». Il s’agit sans aucun doute d’un remploi ; dans le cas contraire, comment expliquer l’emplacement de cette inscription58 ? Pourtant, considérée comme la signature d’une restauration postérieure, elle a été attribuée aux empereurs Léon IV et Constantin VI (775-780), accompagnés de l’impératrice Irène, portant le titre d’augusta59. Selon Clive Foss, ce seul titre permet de caractériser l’impératrice Irène (II)60, épouse de Léon IV et mère de Constantin VI, couronnée en décembre 76961, ce qui signifierait que la tour 45 a été la dernière tour reconstruite et que l’inscription en lettres de briques a été maçonnée entre 776 et 780 sur un modèle identique à celui de 741, soit 35 à 40 ans après le séisme. Cette explication me paraît insuffisante. Pourquoi détacher de son contexte une inscription dont tout donne à penser qu’elle a été insérée dans la tour au moment où étaient maçonnées ses voisines ? Comment ne pas admettre, vu son emplacement, que le bloc de marbre ne soit pas un remploi ? Ou alors, comment expliquer qu’une inscription de remploi soit postérieure à l’inscription in situ de la tour, qui la précède de 35 ans ? On pourrait imaginer une restauration partielle de la tour. Or, les descriptions des précédents éditeurs n’en font pas cas. Au contraire, l’inscription est parfaitement intégrée à l’ensemble, mais à une place qui ne lui correspond pas. Il faut donc en conclure que c’est l’ensemble de la tour qui a été remaniée en y incluant une inscription plus ancienne.

51La solution repose sur l’identification exacte de l’impératrice Irène mentionnée dans l’inscription. Les sources sont particulièrement peu loquaces en ce qui concerne les impératrices Marie (femme de Léon III)62 et Irène (I) épouse de Constantin V d’origine khazare. On ne sait que très peu de choses sur Irène la Khazare. Elle a été mariée à Constantin V en 73263 et a donné naissance à Léon IV le 25 janvier 75064. Elle décède peu après puisqu’en 751 Constantin V épouse l’impératrice Marie65 (fig. 3). Notre inscription est donc un remploi qui rappelle une restauration que l’on peut dater d’entre 732 et 740. Le bloc a été ensuite inséré dans le mur de la tour, sur sa face lisible, lors de son remaniement en 740-741. Les souverains mentionnés sont donc vraisemblablement Léon III, Constantin V et sa première épouse khazare, Irène (I) à ne pas confondre avec sa célèbre belle-fille, l’augusta puis basileus Irène (797-802).

Fig. 3. La famille de Constantin V (voir l’image au format original)

Conclusion

52Des inscriptions si médiocres montrent à quel point l’empire connaît des difficultés économiques importantes, liées notamment aux raids arabes qui ravagent l’Asie Mineure et en particulier pendant les années qui précèdent le séisme66. Par ailleurs, le séisme d’octobre 740 a causé d’importants dommages qui demandent un effort financier supplémentaire au plus mauvais moment pour l’empire. L’heure est aux restaurations d’urgence, d’autant plus que d’autres régions, comme la Thrace67 et la Bithynie, sont également touchées. Cependant, l’austérité des inscriptions et de l’ensemble de la construction témoignent aussi d’une volonté politique de simplicité de la part des empereurs isauriens en rupture avec l’universalisme et la richesse de la vie artistique et intellectuelle qui caractérisaient le Bas-Empire et son prolongement justinien et héraclide68.

53La restauration des remparts est une priorité vitale pour l’Empire. Léon III fait lever un impôt exceptionnel avec l’adhésion du peuple pour les relever comme le signale Théophane69. Le chantier commence vraisemblablement dès l’hiver 740-741. Cependant, les nombreuses répliques mentionnées par Théophane ont pu retarder la reconstruction, ou détruire ce qui venait d’être reconstruit, allongeant le chantier d’autant plus. Dans ce contexte, les inscriptions 1 à 8 signalent à mon avis la première phase de reconstruction, entre novembre 740 et juin 741. Les formulaires et les invocations sont très proches voire identiques des formulaires contenus dans les sources numismatiques, en particulier celui inscrit sur les miliarèsia. Ces derniers sont imprégnés d’acclamations idéologiques rappelant les victoires du règne et empreints de formulaires encore employés sous les Héraclides dont le dernier représentant a été renversé en 711. De plus, la victoire de 740 permet de justifier la politique iconoclaste des empereurs isauriens70.

54L’usurpation d’Artavasde et la confrontation qui en découle entre ce dernier et Constantin V ont mis le chantier entre parenthèses. Constantin V, ne pouvant entrer dans Constantinople, il se réfugie à Amorium71. Ce n’est qu’après son retour, en novembre 743 ou 744, qu’il peut achever la restauration. Son retour marque une rupture dans le formulaire employé ce qui explique la teneur de l’inscription 9, non pas datée du règne de Constantin VI, mais bien de celui de Constantin V, « porphyrogénète », empereur légitime vis-à-vis d’Artavasde.

55Je pense donc que ces inscriptions très particulières en lettres de briques ont été réalisées dans une fourchette chronologique très resserrée mais en deux temps. Le premier entre la fin 740 et l’été 741 et le second peu de temps après l’hiver 743-744 ou 744-745. La restauration a concerné la plus grande partie du rempart terrestre mais seules les inscriptions des tours 18 à 63 ont conservé le souvenir des commanditaires, à savoir Léon III et Constantin V.

56L’ensemble de ces textes forment un tout et présentent aux habitants de la capitale ce qu’est le programme politique des Isauriens : un programme militaire et austère, dont l’objectif est la défense du sol natal des Romains, et qui repose sur une armée peu nombreuse mais efficace. Cette politique militaire doit souder le peuple chrétien, confondu avec la « nation » byzantine dans le but de défendre ce qui reste de la chrétienté contre les envahisseurs. Cette politique nouvelle repose sur de « grands empereurs », comprenons « grands » par leurs victoires, et soutenus par Dieu car ils défendent la seule orthodoxie, nettoyée d’idoles inutiles au profit du seul symbole qui compte, la croix, le « signe » qui permet de vaincre et qui forme l’acclamation principale des inscriptions. Cette politique militaire et iconoclaste doit amener la paix intérieure et extérieure. C’est ce que, en substance, nous pouvons lire sur l’inscription n° 6 de la tour 54.

Notes

1  Les inscriptions sont présentées dans leur graphie d’origine. Pour leur restitution, j’ai suivi le système de Leiden : le symbole [ ] marque la restitution d’une partie manquante ; ( ) marque la restitution d’une abréviation. Les lettres sous pointées sont celles dont la lecture est difficile.

2  Les principales synthèses : A. Van Millingen, Byzantine Constantinople: The Walls of the City and the adjoining Historical Sites, London, 1899 ; H. Lietzmann, Die Landmauer von Konstantinopel, Berlin, 1929 ; B. Meyer-Plath et A.- M. Schneider, Die Landmauer von Konstantinopel, Berlin, 1943 ; S. Turnbull, The Wall of Constantinople, AD. 324-1453, Oxford, 2004 ; N. Asutay-Effenberger, Die Landmauer von Konstantinopel : historisch-topographische und baugeschichliche Untersuchungen, Berlin-New York, de Gruyter, 2007.

3  Les rares exemples byzantins de ce type d’inscriptions sont encore visibles à Edirne et datent de 986 ou 1002 (C. Asdracha, « Inscriptions byzantines de la Thrace orientale (viiie-xie siècles). Présentation et commentaire historique », Ἀρχαιολογικὸν Δελτίον, 44-46, 1989-1991, Μελέτες [Athènes, 1996], n° 85, p. 301-303). Quelques épigrammes en lettres de briques sont également signalés par A. Rhoby, Bizantinische Epigramme auf Stein, Vienne, 2014, p. 73 et n. 82 : dans l’exonarthex de l’église Sveta Sofija à Ohrid (Macédoine) datée de 1313/1314 (n° FY1), le katholikon du monastère Kato Panagia près d’Arta du xiiie siècle (n° GR7), la tour-Manuel du rempart de Thessalonique au xive siècle (n° GR131), l’inscription d’Akköpru (n° TR7) et l’église de la Theotokos-Pammakaristos du xive siècle à Constantinople (n° TR77).

4  Cl. Foss, « Anomalous Imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », in Studies presented to Sterling Dow, Durham, 1984, (GRBS Monograph 10), p. 77-87.

5  Sur le personnage, voir PmbZ # 4242.

6  Idem, voir PmbZ # 3703.

7  N. Ambraseys, Earthquakes in the Mediterranean and Middle East, Cambridge, 2009, p. 227-229.

8  Ajoutons à ce dossier le cas d’une inscription que je laisse de côté car son interprétation est trop sujette à caution. Il s’agit d’une autre dédicace en lettres de briques publiée en 1877 par Paspatis sur la tour 24 puis revue et discutée par Aristarkis en 1884. Paspatis croyait avoir lu Κωνσταντίνου Παλαιολόγου αὐτοκράτορος mais émet lui-même des doutes quant à sa lecture. Aristarkis en 1884 puis Schneider en 1943 proposent plutôt Πύργος Κωνσταντίνου πορφυρογεννήτου, ce qui rapprocherait ce texte de notre inscription n° 9 (tour 57). Cependant, la tour s’étant effondrée entre temps, il a été impossible d’en vérifier le texte.

9  B. Meyer-Plath et A. M. Schneider, op. cit., n° 12, p. 127.

10 idem, n° 16, p. 127 ; Cl. Foss, « Anomalous Imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », in Studies presented to Sterling Dow, Duhram, 1984 (GRBS Monograph 10), p. 83.

11 idem, n° 29a, p. 131 ; Cl. Foss, op. cit., p. 83.

12 idem, n° 16, p. 127 ; Cl. Foss, « Anomalous Imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », in Studies presented to Sterling Dow, Duhram, 1984 (GRBS Monograph 10), p. 83.

13 idem, n° 16, p. 127 ; Cl. Foss, « Anomalous Imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », in Studies presented to Sterling Dow, Duhram, 1984 (GRBS Monograph 10), p. 83.

14 idem, n° 16, p. 127 ; Cl. Foss, « Anomalous Imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », in Studies presented to Sterling Dow, Duhram, 1984 (GRBS Monograph 10), p. 83.

15 idem, n° 16, p. 127 ; Cl. Foss, « Anomalous Imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », in Studies presented to Sterling Dow, Duhram, 1984 (GRBS Monograph 10), p. 83.

16 idem, n° 16, p. 127 ; Cl. Foss, « Anomalous Imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », in Studies presented to Sterling Dow, Duhram, 1984 (GRBS Monograph 10), p. 83.

17 idem, n° 16, p. 127 ; Cl. Foss, « Anomalous Imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », in Studies presented to Sterling Dow, Duhram, 1984 (GRBS Monograph 10), p. 83.

18 idem, n° 16, p. 127 ; Cl. Foss, « Anomalous Imperial Inscriptions of the Wall of Constantinople », in Studies presented to Sterling Dow, Duhram, 1984 (GRBS Monograph 10), p. 83.

19  Dans un acte de Lavra daté de 952 (« Bricks », A. B. Kazhdan, The Oxford Dictionary of Byzantium, New York, 1991, p. 322, désormais abrégé en ODB).

20 Nicéphore, éd. Mango, 63.

21  R. Krautheimer, Early Christian and Byzantine Architecture, Penguin Books, Baltimore, 1965, p. 202.

22  Théophane, de Boor, p. 439-440 ; Nicéphore, éd. Mango, 85 : καὶ πλείστους ἄνδρας τεχνίτας…ἐκ τῆς ὑπὸ Ῥωμαίων ἀρχῆς συνναθροίσας.

23  Théophane, de Boor, p. 440 : καὶ τῆς Θρᾴκης… κεραμοποιοὺς διακοσίους ; « Bricks », ODB, p. 322.

24  Nicéphore, éd. Mango, 85 : πολλὰ τε δαπάνηματα αὐτοῖς ἐκ τῶν δημοσίων χρημάτων προσαναλώσας, οὕτω τὸ τοιοῦτον ἔργον ἐτέλεσε.

25  ΔΟΡȣΜΕΝΟC pour δορούμενος et Cȣ pour σου (n° 6) et ΚΩΝCΤΑΝΤΙΝȣ pour Kωνσταντίνου (n° 9)

26  E. M. Thompson, Handbook of Greek and Latin Palaeography, London, 1903 ; idem, An Introduction to Greek and Latin Palaeography, Oxford, Clarendon Press, 1912 ; B. A. van Groningen, Short Manual of Greek Palaeography, Leiden, 1940.

27  Les restitutions proposées le sont avec une graphie « normalisée ». Il est probable que la plupart des inscriptions comportent des « ο » en lieu et place de « ω ».

28  B. Meyer-Plath et A.-M. Schneider, op. cit., publient les inscriptions accompagnées d’un fac-simile. Néanmoins, une relecture attentive de certaines de ces inscriptions m’a amené à formuler des corrections sensibles.

29  Je cite les sources grecques les plus proches de l’événement. À la suite de Théophane et de Nicéphore, cet épisode a également fait l’objet d’un développement dans Georges le Moine ou encore dans Georges Cedrenus. Michel le Syrien rédige également une notice pour l’année 738-739 dans laquelle il déclare que les « trois quarts de la cité de Constantinople ont été détruits », ainsi que Nicée, totalement ruinée et d’autres villes de Bithynie (voir l’ensemble des références dans N. Ambraseys, Op. cit., p. 227-229).

30  Théophane, de Boor, p. 411.

31  Théophane, de Boor, p. 412 : Καὶ τῷ αὐτῷ ἔτει σεισμὸς γέγομεν μέγας καὶ φοβερὸς ἐν Κωνσταντινουπόλει μηνὶ Ὀκτωβρίῳ εἰκοστῇ ἕκτῃ, ἰνδικτιῶνι ἐννάτῃ, ἡμέρᾳ τετάρτῃ, ὥρᾳ ὀγδόῃ (…) Ἔπεσεν δὲ καὶ … τῆς πόλεως τείχη καὶ πόλεις καὶ χωρία ἐν τῇ Θρᾴκῃ καὶ ἡ Νικομήδεια ἐν Βιθυνίᾳ καὶ ἡ Πραίνετος καὶ ἡ Νίκαια…. ; Nicéphore, ed. et trad. C. Mango, 63, p. 131-132 : Χρόνον δὲ μεταξὺ παρελθόντος σεισμὸς ἐνσκήπτει κατὰ τὸ Βυζάντιον.

32  Théophane, de Boor, p. 412 : Ὁ οὖν βασιλεὺς ἰδὼν τὰ τείχη πόλεως πτωθέντα διελάλησε τῷ λαῷ λέγων, ὅτι ὑμεῖς εὐπορεῖτε τὰ τείχη κτίσαι, ἀλλ’ ἡμεῖς προσετάξαμεν τοῖς διοικηταῖς. Καὶ ἀπαιτοῦσιν εἰς κανόνα κατὰ ὀλοκότινιν τὸ μιλιαρίσιον. Καὶ λαμβάνει αὐτὰ ἡ βασιλεία, καὶ κτίζει τὰ τείχη. Ἐντεῦθεν οὖν ἐπεκράτησεν ἡ συνήθεια δίδειν τὰ δύο κεράτια τοῖς διοικηταῖς.

33  A. M. Schneider, « The City-Wall of Istanbul », Antiquity, 11 (1937), p. 461-468, en particulier p. 466-467 relève que les tours 5, 7, 18, 19, 25, 34, 37, 45, 47, 48, 55 et 56 ont fait l’objet de réparations. J’y ajoute les tours 36, 54, 57, et 63 ce qui représente plus de la moitié du rempart théodosien si l’on considère la surface représentée par l’étalement des tours (cf. fig. 2). N. Asutay-Effenberger, Die Landmauer von Konstantinopel-Istanbul, 2007, p. 174 fait le même constat. Sur la restauration effectuée en 740-741, voir aussi A. Rhoby, Byzantinische Epigramme auf Stein, 2014, p. 682-683 (cependant je crois que l’inscription TR85 ne date pas des empereurs Léon III et Constantin V mais des empereurs Léon VI et Constantin VII, entre 908 et 912).

34  C. Zuckerman, « On the titles and office of the byzantine ΒΑΣΙΛΕΥΣ » in Mélanges Cécile Morrisson, TM 16, 2010, p. 865-890 : Héraclius et Héraclius-Constantin sont qualifiés dans la novelle XXV de πιστοὶ ἐν Χριστῷ βασιλεῖς.

35  L’analyse la plus récente est due à P. Schreiner, « Zur Bezeichnung ‘Megas’ und ‘Megas basileus’ in der byzantinischen Kaisertitulatur », Byzantina, 3 (1971), p. 173-192.

36  Les données juridiques et sigillographiques ne mentionnent pas l’épithète de megas : aucune loi ne nous est parvenue pour Léon III et Constantin V, et une seule pour Léon IV dont l’entête est Νομοθεσία νεαρὰ Λέοντος βασιλεέως κατὰ τὸν Βάρδα (Z. von Lingenthal, Jus Graeco-Romanum, III, p. 49). Pour une analyse globale voir P. Schreiner, op. cit., p. 180.

37  Les miliarèsia frappés sous le règne de Léon III portent la légende LEON S CONSTANTINE EC ΘEΥ bASILIS (A. R. Bellinger et Ph. Grierson, Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection, III/1, p. 251, n° 21, désormais abrégé DOC).

38  Νικᾷ ἡ τὐχη. Κωνσταντίνου μεγάλου βασιλέως (CIG IV, n° 8788 datée de 678) et Κωνσταντίνου μεγάλου [βασιλ]έων (SEG XLIX, 1999, n° 1799 datée de 685). D’autre part, le titre de megas basileus est attribué à Constantin IV dès 680 dans les actes du concile œcuménique : Κωνσταντίνου μεγάλου βασιλέως πολλὰ τὰ ἔτη (Mansi, XI, col. 345; ACO, ser. II, vol. 2, 1.2).

39  G. Dagron, Empereur et prêtre, 1996, p. 51-55.

40  H. Ahrweiler, L’idéologie politique de l’Empire byzantin, PUF, 1975, p. 29-36.

41  « VICTORIA AUGG » est inscrit sur les monnaies de Léon III au début de son règne, mais il disparaît par la suite au profit de formulaires mettant en avant la politique dynastique et religieuse des empereurs.

42  Une dédicace d’une tour du rempart de Nicée commémore cette victoire. Voir C. Mango, « Notes d’épigraphie et d’archéologie, Constantinople, Nicée », Travaux et Mémoires, 12 (1994), p. 352.

43  L’inscription n° 6 est, sur ce point, très éclairante.

44  A. R. Bellinger et Ph. Grierson, DOC, III/1, p. 227 : VICTORIA AUGG apparaît sur les monnaies d’argent entre 717 et 720 remplacée ensuite par IESYS XRISTYS NICA entre 720 et 741.

45  Ἰησοῦς Χριστὸς νικᾷ - ou νίκα- (abrégé IC XC NI KA) sur l’inscription 1 évoque la vision de Constantin et accompagne normalement une croix, référence à la découverte de la Vraie Croix par Hélène. Ce symbole est particulièrement remis à l’honneur sous les empereurs isauriens. Sur la valeur apotropaïque de cette invocation voir C. Walter, « The Apotropaic Function of the Victorious Cross », REB, 55 (1997), p. 193-220. Voir aussi récemment A. Rhoby (2017). "Secret Messages? Byzantine Greek Tetragrams and Their Display".  In-Scription - Livraisons | Première livraison. [En ligne] Publié en ligne le 17 novembre 2017. URL : http://in-scription.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=180. Consulté le 9/03/2018.

46  Constantin VII, Livre des cérémonies, trad. A. Vogt, chap. 86. Celui-ci puise probablement ses sources dans des ouvrages de l’époque des Héraclides ou parmi des documents relatifs aux victoires de Basile 1er (867-886).

47  Ph. Grierson, DOC, 3-1, p. 177, sous la forme latine de MULTVS AN.

48  J.-Cl. Cheynet, Le monde byzantin, II, L’Empire byzantin (641-1204), Paris, PUF, 2006, p. 14.

49  Cl. Foss, op. cit, p. 84 se base sur le bloc de marbre présent sur la même tour et parce qu’il semble improbable que ce titre puisse être déjà utilisé sous Constantin V.

50  Théophane, de Boor, p. 399-400 : ἐτέχθη τῷ δυσσεβεῖ βασιλεῖ Λέοντι ὁ δυσσεβέστερος αὐτοῦ υἱὸς Κωνσταντῖνος καὶ τοῦ Ἀντιχρίστου πρόδρομος.

51  C’est-à-dire le 25 mars 720 (Théophane, de Boor, p. 401 : ἰνδικτιῶνι γʹ, τῇ ἡμέρᾳ τοῦ πάσχα, ἐστέφθη Κωνσταντῖνος ὑπὸ Λέοντος τοῦ πατρὸς).

52  L’expression désigne au départ un enfant né pendant le règne de son père dans une chambre du palais entièrement décorée de pourpre pour l’occasion (ODB, « Porphyrogennetos », III, p. 1701) ; G. Dagron, « Né dans la pourpre », Travaux et Mémoires, 12 (1994), p. 105-142 : le premier acte faisant figurer cette épithète est un document napolitain en date de 763 (B. Capasso, Monumenta ad Neapolitani ducatus historiam pertinentia…, 1881, vol. 1, p. 262 : imperantibus dd. nn. piissimo Constantino a Deo coronato m. i. a. 45 et post eiusdem tranquillitatis a. 45, sed et Leone porfilogenito a Deo gubernato m. i. eius filio a 12) ; du même auteur, Empereur et prêtre, Gallimard, 1996, p. 51-52.

53  Constantin V associe son fils Léon IV en 751 (PmbZ #3703).

54  La question de la chronologie de l’usurpation d’Artavasde est encore controversée. Il manque visiblement le récit d’une année dans la chronique de Théophane. Selon P. Speck, il s’agit de 741/742. Selon W. Treadgold, il s’agit de 742/743 et Artavasde occupe la cité jusqu’en novembre 743. Selon I. Rochow, il s’agit de novembre 744 (Théophane, éd. Mango, p. 578-583, en particulier la n. 10 p. 579 ; P. Speck, Artabasdos, der rechtgläubige Vorkämpfer der göttlichen Lehren : Untersuchungen zur Revolte des Artabasdos und ihrer Darstellung in der byzantinischen Historiographie , (Poikila Byzantina 2), Bonn, 1981, p. 19-77 ; W. Treadgold, « The Missing Year in the Revolt of Artavasdus », JÖB, 42, 1992, p. 87-93 ; I. Rochow, Kaiser Konstantin V. (741-775) : Materialen zu seinem Leben mit einem prosopographischen Anhang von Cl. Ludwig, I. Rochow und Ralph-Johannes Lilie, Francfort, 1994).

55  Enfin suffisamment pour empêcher Constantin V de reprendre la ville d’assaut.

56  « Bloc de marbre à hauteur d’homme, inséré dans la paroi » (in Mannshöhe eingemauerter Marmorblock, A.-M. Schneider, op. cit., n° 29b, p. 131). L’inscription mesure 1,08 m sur 20 cm, ce qui fait des lettres d’environ 5 cm de hauteur.

57  +Νικᾷ ἡ τύχη Λέοντος καὶ Κωνσταντίνου τῶν θεοφυλάκτων ἡμῶν δεσποτῶν καὶ Ἠρίνης τῆς εὐσεβεστάτης ἡμῶν αὐγούστης. (B. Meyer-Plath et A.-M. Schneider, op. cit., n° 29b, p. 131).

58  Je n’ai malheureusement pas pu retrouver cette inscription car la tour est difficile d’accès. Cependant, la description fournie par les éditions précédentes est très claire. Je ne désespère pas de retrouver cette inscription prochainement.

59  E. Bensammar, « La titulature de l’impératrice et sa signification », Byzantion 46 (1976), p. 272-278.

60  Pour des raisons de lisibilité, nous avons distingué Irène (I), femme de Constantin V, d’Irène (II), femme de Léon IV.

61  Cl. Foss, op. cit, p. 83 s’appuie sur la numismatique.

62  Théophane nous apprend que Marie, femme de Léon III, a été couronnée au mois d’octobre 718 (Théophane, de Boor, p. 400).

63  Théophane, de Boor, p. 409-410 ; l’hypothèse est déjà proposée par B. Meyer-Plath et A.-M. Théophane, de Boor, op. cit., n° 29b, p. 131).

64  Théophane, de Boor, p. 426 ; Nicéphore, éd. Mango, 68, p. 140.

65  PmbZ #4243 : Marie meurt d’ailleurs peu de temps après, probablement en 751. Constantin V a vécu ensuite maritalement avec Eudoxie avec qui il a eu Christophe et Nicéphore (fig. 3).

66  Théophane en fait le relevé : en 733, 735, 737, 738 (ravage de la Cappadoce et de l’Asie mineure), en 740 (prise de la forteresse de Sideron que Theophane place à tort en 737). Pour une synthèse sur la question, voir H. Ahrweiler, « L’Asie mineure et les invasions arabes », Revue historique, 227 (1962), p. 1-32.

67  Deux inscriptions de Thrace témoignent de restaurations à l’époque de Léon III et de Constantin V, comme un mur d’enceinte à Aïnos ou un pont à Vizyé (C. Asdracha, « Inscriptions byzantines de la Thrace orientale (viiie-xie siècles). Présentation et commentaire historique », Ἀρχαιολογικὸν Δελτίον, 44-46 (1989-1991), Μελέτες [Athènes, 1996], p. 243-245, n° 49 et n° 50). Par contre la restauration du rempart de Nicée est probablement légèrement postérieure à l’attaque de 727 et ne peut donc pas entrer en ligne de compte en ce qui concerne le dossier évoqué ici (C. Mango, « Notes d’épigraphie et d’archéologie, Constantinople, Nicée », Travaux et Mémoires, 12 (1994), p. 352, pl. IV fig. 6, photographie). 

68  H. Ahrweiler, L’idéologie politique, op. cit., p. 29.

69  C’est-à-dire des institutions censées représenter le peuple (les dèmes, les corps d’armée de la capitale, voir L. Bréhier, Les institutions de l’Empire byzantin, 19702, p. 152)

70  M.-F. Auzépy, « Les enjeux de l’iconoclasme », Cristianità d’Occidente e Cristianità d’Oriente (Settimana di Studio 51), Spolète, 2004, p. 127-169 (reprint in L’histoire des iconoclastes, Bilan de recherche 2, ACHCByz, Paris, 2007, p. 261-284), en particulier p. 275-276, où elle montre que la politique iconoclaste est une réponse aux difficultés de l’empire, mais aussi un moyen de rallier des populations hostiles comme les Juifs, et empêcher ce qui s’est passé en Syrie dans les années 630 lorsque les chrétiens persécutés et les Juifs avaient ouvert les portes de leurs cités aux Arabes.

71  Théophane, de Boor, p. 414-415. Ce qui montre que les remparts étaient fonctionnels dès l’été 741.

Pour citer cet article

Arnaud LOAËC (2018). "Les inscriptions en lettres de briques du rempart terrestre de Constantinople-Istanbul : un aperçu des événements de 740-743/744". In-Scription - Livraisons | Deuxième livraison.

[En ligne] Publié en ligne le 27 avril 2018.

URL : http://09.edel.univ-poitiers.fr/in-scription/index.php?id=237

Consulté le 14/08/2018.

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Dernière mise à jour : 27 avril 2018

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